lundi 9 avril 2012

L'Apocalypse selon George R.R. Martin.

Être complètement marteau, mordue, ravagée d'amour pour Game Of Thrones me fait plus de bien que je ne saurais dire. Une bonne tranche de fan attitude, dans une vie, ça se savoure. C'est vraiment, totalement, comme de tomber amoureuse. Le moindre détail devient crucial à retenir, plus on en sait, plus on veut en savoir sur ce qui nous fascine, nous renvoie une image de nous qu'on ne soupçonnait pas. Avec cette série de livres, je retrouve des sensations plus éprouvées depuis un moment. Vous vous doutez que j'avais commencé trois ou quatre posts à ce sujet, surtout si vous et moi on est copains Facebook: chez moi, c'est devenu une fan page non officielle frappadingue, où mes copines pourtant moins autistes se sont également prises au jeu des trônes. Je fais à vingt-neuf ans ce que je ne faisais pas à treize: je suis FAN des pieds à la tête d'un univers virtuel et de tous ses personnages.

Ce qu'on appelle coup de foudre est en fait soigneusement préparé par l'esprit pendant des années, l'esprit qui accumule des références, des souvenirs, des ressemblances: les fondations de notre âme. On tombe amoureux de ce qui nous ressemble, ou de ce qu'on voudrait être, ce qui est au fond, la même chose. Ben pour Game Of Thrones, ça a été le coup de foudre: tout ce que j'ai aimé avant ce livre, je le retrouve dans mon nouvel amour de 2000 pages.

C'est effectivement un jeu, gigantesque. Il y a quelques années, un livre de Stephan Zweig m'avait laissé un souvenir cuisant: le "Joueur d'échecs".

L'histoire d'un affrontement entre deux joueurs sur un paquebot, l'un d'entre eux, Mr B., ancien notaire autrichien ayant développé ses talents de façon troublante: enfermé pour interrogatoire par les nazis dans une cellule vide de toute distraction, son esprit commençant à tourner, lui aussi, à vide. Les jours passent, deviennent des semaines. La vraie séance de torture commence: la folie commence à faire bouillonner l'esprit de Mr. B. qui a épuisé tous ses souvenirs pour passer le temps, qui a fini de compter les points de couleur de sa couverture, les craquelures du plafond, pour ne pas s'ennuyer. Il ressent la douleur des fans de Megaupload, fois mille, et bien plus longtemps. Atroce hein?

Et là, miracle, Mr B. avise un livre dans une veste oubliée dans la cellule par l'un de ses geôliers. Cruelle farce: ce n'est pas un récit, ce n'est pas de la nourriture spirituelle toute prête à consommer: c'est un livre d'échecs, composée du code des parties les plus connues de l'histoire du jeu.  Comme si après des mois de disette, vous espériez une bonne bouffe, et qu'on vous file juste un livre de recettes. A devenir fou à lier.

L'esprit humain étant une mécanique merveilleuse, Mr B. échappe à la folie en apprenant ainsi les échecs, coup par coup, en quelques mois, il se met ainsi à jouer des parties... contre lui-même, et trouvera ainsi la clé de son évasion. On se connaît un peu mieux vous et moi, depuis le dernier post, alors ça ne me fera pas rougir de vous dire que j'ai pleuré comme une madeleine sous beuh pendant une bonne partie de ma lecture. Zweig s'est suicidé l'année précédant la parution du "Joueur d'Echecs", désespéré de voir le monde sombrer dans l'obscurantisme, considérant que si les nazis avaient le pouvoir, son existence d'homme de lettres, de défenseur de la culture face à la barbarie, était vide de sens. Que n'aviez-vous l'optimisme forcené de Mr B., Mr Z... 

Voilà pour la première référence qui m'est venue à l'esprit alors que je commençais à arpenter Westeros, ballotée par la plume de Martin, et prenant un plaisir sauvage à me faire autant malmener. Passons à une révélation encore plus croustillante...

Peu à peu, alors que commençait à se dessiner toute la hiérarchie du monde féodal de Westeros dans mon esprit, un royaume divisé entre plusieurs maisons nobles principales, d'autres, plus petites, leurs vassales, et toute sous la houlette d'un seul souverain, je me suis rendue compte que je ressentais la même excitation à en apprendre tant et plus sur les caractéristiques de chaque famille que quand j'avais ouvert... Dune, bien sûr.

J'ai pas envie, pour le moment, de lire une seule interview de George Martin. Mon ressenti me suffit, et puis j'aime pas me tromper, en connasse suffisante autoproclamée que je sais très bien être. Mais je pense que Saint George, le premier à faire naître le dragon au lieu de le tuer, connaît bien son guide du petit geek, et est forcément tombé la tête la première dans la saga cruelle de Frank Herbert.

On ouvre le livre avec la maison Atréides, descendants directs des héros grecs d'une vieille planète nommée la Terre, avec à leur tête le duc Leto Atréides, sommé par l'empereur Padishah d'aller régner sur Dune, seule planète de la galaxie à fournir l'épice. L'épice est une drogue décuplant les capacités du cerveau, et permettant aux officiers de la toute-puissante Guilde des Marchands, véritable maître du système impérial, de piloter leurs vaisseaux sans l'aide des ordinateurs, tous éradiqués et prohibés depuis des milliers d'années. En gros, vous léchez un caillou sur Dune, vous devenez une calculette de 1ère S.  Revenons à Leto Atréides: un patriarche bourré d'honneur et de loyauté, qui se fera dézinguer en trois chapitres par ses ennemis héréditaires, les Harkonnen, des psychopathes avides de pouvoir et des kilochiées de fric que représente la gestion de Dune. Les Harkonnen = les Lannister de Game Of Thrones, des enflures finies de père en fils, Leto Atréides = Eddard Stark, le justicier décapité. Pour être un bon écrivain, on tue le père, rapidement, proprement, mais on le tue. Et on s'identifie au fils.

Paul Atréides est un môme intelligent, beau, escrimeur-né. Lors de l'attaque des Harkonnen, il s'enfuit à temps de son château en compagnie de sa mère Jessica, pour trouver refuge dans une tribu aussi vieille que la planète elle-même: les Fremen. Il deviendra leur leader, leur prophète, et bien plus que cela, leur dieu, ayant absorbé une telle quantité d'épice que ses dons de prescience en font un surhomme. Pour le meilleur et pour le pire. Paul Atréides = tous les gamins de Game Of Thrones. George Martin a pris le matériel de base de Herbert et l'a multiplié: le résultat, et c'est dur pour moi de vous en parler sans spoiler, c'est que le jeu des trônes, dans toute son horreur est aussi joué par des gosses, y compris pour ses coups les plus terrifiants. De Paul Atréides, sont nés Robb Stark, roi du Nord malgré lui à quinze ans après l'assassinat de son père Eddard par Joffrey Baratheon, et chef de la rébellion qui oppose donc le Nord de Westeros au reste du royaume,  et de l'autre côté du ring, on y vient: Joffrey Baratheon, son ennemi juré, roi de tout le reste, immonde petite pute couronné à douze ans et un fou sanguinaire et illégitime au trône de Westeros, car issu de l'inceste de la reine avec son propre frère.

On n'a jamais dit que ça serait simple, chers lecteurs. Moi-même je vais sniffer un Doliprane et je reviens.

Dernier hommage suprême de Martin à Herbert, qui m'a faite frétiller de façon indécente sous ma couette lors des nuits de glace de février dernier: Paul n'est pas seul dans son combat pour reprendre son fief et sa vengeance. Sa petite soeur naît, quelques chapitres après que Leto soit mort. Elle est vive comme une anguille, a des dons paranormaux et est aussi dangereuse que son frangin: elle s'appelle Alia.... Alia Atréides = Arya Stark.

Dieu sait que j'avais aimé Alia, gosse rejetée par tous dès sa naissance parce que trop intelligente, semi-sorcière, puis adolescente finalement venérée par toute un peuple pour ces mêmes dons de prescience, mais fragile, menacée par la folie, ne trouvant quelques chapitres de paix que dans son premier amour. Arya Stark est du même bois, lui ressemble beaucoup, en plus guerrière cependant, moins Perséphone qu'Athéna. Arya Stark est aussi âpre et vive que son nom, c'est une des raisons qui font que je mettrai les deux milles pages du Trône de Fer dans les mains de ma propre fille, un jour. Arya est fille de lord, elle est née pour faire un beau mariage et perpétuer un nom, et elle s'en bat la race. Tout ce qu'elle aime au début du livre, c'est jouer de l'arc et de l'épée, et faire tourner en bourrique sa grande soeur plus élégante. J'aurais aimé la connaître quand j'étais pré-ado et faible comme un poussin. J'aurais eu le coup de boule moins complexé, ça m'aurait sauvé deux-trois cartables.

Dune était plus qu'un indispensable à lire, c'était aussi l'expérience d'une immersion dans un univers complexe, politique, où la science-fiction s'effacait souvent devant les jeux tactiques. C'était mon premier livre engagé, ma première vraie histoire d'adulte. C'est pour ça que je suis aussi contente de la retrouver un tant soir peu dans Game Of Thrones...


Mais le chef-d’œuvre suprême de Martin, son bijou, sachant que ce qu'il fait de mieux, c'est créer des femmes plus fortes que des titans, sa vraie fille, c'est Daenerys Targaryen.

Elle a les yeux violets d'Elizabeth Taylor, les cheveux blonds-blancs de Marylin Monroe. Je pense que ce n'est pas un hasard si Martin a donné à sa star es caractéristiques des deux plus immenses pin-up malheureuses d'Hollywood. Sa mère meurt en la mettant au monde, pendant une tempête, ce qui lui vaut le surnom de Stormborn. Elle est, avec son frère Viserys, la dernière descendante de la famille qui a régné sur Westeros pendant plusieurs centaines d'années, les Targaryen.


Si on se base uniquement sur ce que vous avez pu voir de la série télévisée, et je m'en tiendrai là pour ne pas vous gâcher tout les plaisirs qui vous attendent dès demain matin via vos plateformes de téléchargements pirates, les Targaryen n'ont pas une super réput' à Westeros. Leur dernier roi, Aerys, père de Daenerys, était surnommé le Roi Fou, et ses agissements macabres ont amené à une guerre, gagnée par les familles qui règnent au tout début du livre et de la série. Daenerys naît pendant cette guerre, doit s'enfuir de sa terre natale et ne jamais y remettre les pieds.

Son frère Viserys et elle errent depuis des années de l'autre côté de la mer, sur un continent exotique où une tribu nomade de guerriers règne en maîtres, par le pillage et les massacres: les Dothraki. Viserys, légitime héritier du Trône de Fer, même si c'est un gros connard, mais c'est comme ça, a besoin d'une armée pour revenir chez lui et poser les pieds sous la table. Pour l'avoir, il marie de force Daenerys à un seigneur dothraki nommé Khal Drogo, qui en plus de ressembler à un Conan passé au brou de noix, est à la tête d'une armée gigantesque.

Voilà comment on rencontre Daenerys. Dans le livre, elle a quatorze ans, elle est un peu plus âgée dans la série, sinon, du propre aveu des scénaristes, toute l'équipe aurait fini en prison. Effectivement, rien n'est épargné à la gamine.

On la marie à un gars qui est taillé huit fois comme elle et ne parle pas sa langue. Qui bien sûr, la viole la première nuit. Elle n'a aucun droit, juste celui de la fermer et de convaincre son mari d'aller mener bataille à Westeros, en se laissant violer nuit après nuit. Daenerys est une princesse par le sang, mais elle subit le sort d'une femme sur trois dans notre monde, elle est une intouchable, un bout de viande...

Sauf qu'on est pas dans notre monde, qui est bien plus injuste que celui du trône de Fer. Daenerys va se rebiffer. Violemment. Intelligemment. Je peux pas vous en dire plus, vous dire si elle est gentille ou méchante. Pas de ça dans Game Of Thrones, juste votre jugement personnel qui de toute façon, ne compte pas, Martin se moque allègrement de la bienséance, comme je l'ai compris dans un gros brouillard de larmes en lisant le huitième volume de la saga, les "Noces Pourpres". Daenerys est l'incarnation du credo de Martin: tous les coups sont permis, et les plus violents seront donnés par les plus faibles.

Daenerys est le personnage féminin le plus incroyable que j'ai pu rencontrer depuis l'âge de quatre ans, depuis que j'ai lu ma première ligne. Elle pense comme un sage, agit comme un guerrier, a le magnétisme d'un dictateur, la beauté d'une icône. Mais elle ne l'a pas reçu en héritage: elle se le forge, page par page. Dans le sang et la douleur, en se défiant de quiconque lui dicterait sa conduite.

J'ai pensé à toutes les femmes de ma vie en lisant l'histoire de la petite princesse aux yeux violets: ma grand-mère paternelle, Yvonne, qui faisait des maths quand elle s'emmerdait, qui fumait trois clopes à la fois, avait un caractère de cochon, mais avait illustré à l'aquarelle ma première nouvelle fantastique. Ma grand-mère maternelle, Simone,  fille de boulanger, qui a appris à conduire à quatorze ans pour aller porter du pain aux maquisards aveyronnais pendant la guerre. Sa propre mère, Anna, qui, en voyant sa boulangerie saccagée par des officiers allemands, est allée péter un scandale monstre à la Kommandantur de Rodez, exigeant que le bordel des nazis soit nettoyé par ces même nazis, et a eu gain de cause. Ma prof de français au collège, Mme Clée, qui chérissait l'intellect et la culture, et m'a appris aussi bien à affiner mon écriture qu'à blaster verbalement ceux de mes petits copains qui n'aimaient pas les rêveuses à lunettes.  Danielle, ma propre mère,  bien sûr. Elle a contribué à créer l'éducation spécialisée à Toulouse, ses vinyles de Led Zep et sa guitare, elle me les a légués à treize ans, et avec, tout un tas de petits trucs pour slalomer dans cette vie, à commencer par l'humour, alors que pour tous les machos de la terre, ça serait bien le dernier truc à apprendre à une femme.


Voilà pourquoi j'aime Game Of Thrones. Parce qu'à chaque page, j'y retrouve une leçon de ma propre vie, j'ai déjà croisé chacun de ses personnages dans le monde réel, les salopards, les intrigants, les héros. C'est beaucoup plus qu'un livre, c'est une expérience troublante, de celles dont on ne sort pas indemne, de celles qui font se dire: si demain je perdais tout, il me restera toujours la rage. Et je pourrai tout reconstruire et mieux encore. Pour cela, il faut abandonner son innocence. Les vainqueurs le font tous, dans Game Of Thrones. Je vous dirai dans soixante ans si dans notre monde, c'est aussi comme ça qu'il faut faire...
Rendez-vous sur Hellocoton !

lundi 12 mars 2012

Poupée de cire, poupée de son

J'aime les défauts. Les anti-héros, les personnalités qui claquent, d'une honnêteté brute, les imperfections me touchent peut-être plus que les qualités. Et ça, je le dis sans souci depuis la quiétude de ma chambre-cocon aux bougies à la vanille, mais je ne l'avouerai pas à voix haute, ça, c'est parce que je suis hypersensible.

Quand on est hypersensible, les émotions sont d'autant plus dures à maîtriser qu'elles arrivent emmêlées, en bloc, et deux fois plus fort que pour un individu aux boulons mieux vissés. On sait qu'on est ultra mal, on ne sait pas pourquoi, quelle est l'émotion qui prédomine, et pour un hypersensible, arriver à dire non pas "je me sens pas bien" mais "je suis en rogne - triste - déçu", bref, arriver à identifier son mal-être et sa cause, c'est un vrai soulagement.


Avant d'en tirer parti, c'est quand même une putain de méga-plaie. L'an dernier, quand pendant un journal, on devait parler de Fukushima, par exemple, je le faisais sans que personne n'entende que j'avais une enclume dans la gorge. J'avais une heure entre chaque canard pour faire face à l'émotion, mais elle revenait, marée montante, marée basse. Quand je me prend une baffe personnelle, je fais comme si de rien n'était, et progressivement, je balance des vannes de plus en plus osées, je dors de moins en moins, et puis ça finit par sortir, et deux fois sur trois, personne ne le sait, ne le voit, n'assiste au tsunami. Mais ça se travaille. On peut avoir une personnalité volcanique. Faut juste choisir d'être le Stromboli qui déverse son feu tranquillement, jour après jour, que le supervolcan du Yellowstone...

Et il faut se rendre compte aussi, vite, tôt, des avantages merveilleux de ce "handicap".


D'après Charlotte, une de mes collègues fan absolue des Kills, Alisson Mosshart n'aurait pas plus de cinq albums à la fois dans son iPod, jugeant qu'en avoir plus que ça en stock empêche de vraiment savourer ce qu'on écoute. Ça me rassure un peu, vu que j'ai la même attitude. J'évolue dans un milieu où il est aussi difficile d'être totalement à la page au niveau musical que d'avoir la robe qu'il fallait à chaque nouba royale à Versailles. Parce que j'ai rarement le temps, parce qu'un seul morceau peut aussi me faire la journée, trente fois de suite.

Quand j'étais ado, je m'endormais avec mon casque sur les oreilles, en boucle dedans, une seule chanson, différente chaque soir. Quand j'étais petite, je connaissais note pour note chacun de mes albums de musique ou de contes, maintenant, l'âge adulte franchement entamé, ce régime n'a toujours pas changé. Ce qui compte pour moi, plus, bien plus que d'avoir survolé un maximum de disques, de livres et de films, c'est de creuser à fond la poignée d’œuvres qui m'ont secouée, émue et forgée. Gourmette, plus que gourmande. Grâce à l'hypersensibilité.

La première fois que j'ai entendu Voodoo Chile, de Jimi Hendrix, a été une telle explosion dans ma petite tête blonde de treize ans, qu'elle a marqué la fin de l'enfance, le début du goût pour le sel, l'électrique, le sensuel. Je l'ai écoutée une fois, deux, dix fois, incrédule, suffoquée, me doutant bien que j'allais aimer Jimi et sa guitare, mais pas au point de ressentir, ben oui, quelque part, le premier orgasme de ma vie. Plus de quinze ans après, je la réécoute en écrivant, et j'ai des frissons plein la nuque.
Un an après, casque sur les oreilles à écouter "Fun Radio fait du bruit", et puis ce groupe que je connais encore mal, Metallica, et leur Hit the Light soudain balancé sur les ondes, un titre qui a mon âge, qui arrive comme le grondement d'une armée au loin, un titre crétin, on a fait mille fois mieux depuis, mais cette nuit-là, je n'ai pas dormi. Je suis arrivée au bahut blanche comme un linge et j'ai rien compris aux cours de la journée, ne pensant qu'à un truc: retourner à la maison, me replonger dans cette furie sonore qui m'avait mordue à la carotide comme un cobra enragé.
Je me revois encore, deux ans après, en cours d'anglais au lycée... Si seulement vous aviez pu voir ma tête la première fois que j'ai lu Richard III, de Shakespeare. "Here is the winter of our discontent, made glorious summer by this shining sun of York..." J'ai pris toute la magnificence de ces quelques vers direct dans la face, la morsure du froid et le picotement des nerfs caressés par le soleil, l'amertume et le soulagement, et, sous-jacente, la musicalité parfaite de ces strophes, aussi glorieuse et cinglante qu'une symphonie de Beethoven. Mon premier vrai gros concert, à l'ancien Bikini, Lofofora, 1998, mon premier slam, à peine le temps de comprendre ce que j'étais en train de faire, et la montée d'adrénaline qui transforme en plume, apesanteur, oubli, comme quand je prenais une bonne vague sur ma board à l'océan, tout n'est plus que chaos et rires, en oubliant totalement que l'atterrissage risque de faire ultra-mal.

J'ai d'ailleurs des souvenirs bien plus vivaces des bons moments que des mauvais, et je l'attribue à  l'hypersensibilité, ce drôle de capodastre posé sur mes cordes à moi, qui fait d'un évènement intense un trauma, et d'un bonheur, une intervention divine, balayant les traumas. J'ai déjà manqué me noyer en bodyboard, j'étais jeune, conne et seule, coincée sous la masse d'eau, du sable plein les yeux, je ne me souviens que de la petite voix dans ma tête  qui disait "calmos, bien sûr que tu vas sortir de là. T'as pas fini cette grosse tuerie de Seigneur des Anneaux, alors tu vas forcément sortir de là". Et après, la bataille du gouffre de Helm m'a au moins autant marquée que cette fois où j'ai manqué boire la tasse de ma vie. Voire, cette émotion à lire ces pages-là, comptait plus, était plus importante que tout le reste. Je me souviens à peine de la douleur que j'ai ressentie à être quittée par un gars qui comptait pour moi, il a quelques années, mais je sais que de la fureur, de la tristesse de ce moment, est née ma première émission de radio, une émission littéraire. Et le bonheur qui allait avec est encore vivant en moi, bien plus que tous les moments ou j'ai chouiné pour ce mec.

Être hypersensible est finalement devenu une bonne grosse blague permanente. Je me fous de ma propre gueule non-stop, en m'émerveillant devant une barbe à papa, un clip de Neil Cunningham, autant de trucs que je trouve non pas cool, mais magiques. Quand je vois un couple s'embrasser pour la première fois, je le sais, je reconnais un premier baiser entre mille, cette maladresse bouillante, je la vois en 3D comme si je n'avais jamais été myope, et je revis chaque bon premier baiser de ma vie quand je regarde les vôtres. Les hypersensibles sentent ces ambiances spéciales, ces tensions, bonnes ou mauvaises. J'essaie de puiser de l'énergie dans les bonnes...

Il reste un nombre incalculable de créations qui me laissent de marbre. On en discutait avec des amis, deux frangins albigeois: on était d'accord sur le fait que notamment sur Facebook, tout devenait "génial". On aimait tout et nawak en bloc. Like-moi ça jeune. C'est nouveau, c'est underground, va donc liker. Et dire que c'est trop génial. Mon hypersensibilité filtre énormément de trucs. Quand on me tanne avec un court-métrage amorphe d'une minute pourtant liké par deux douzaines de potes, ou un énième groupe de tough guys blah blah pow pow, la petite voix dans ma tête dit "la base de données anti-trucs sans âme a été mise à jour".
C'est ça qui entre en résonance avec ce que je suis, les créations, les chansons, les films, les livres imparfaits, mais francs, simples, fait avec l'âme, sans calcul, qui vont m'empoigner le cœur comme le vilain gourou dans Indiana Jones et le temple maudit, ou comme Neo qui ressuscite Trinity. Une œuvre qui me touche ne va pas juste me toucher, elle va se tatouer à moi. Mais il faut qu'elle soit sincère, qu'elle sente le boulot, et la bagarre.

Alors voilà les derniers trucs qui m'ont défoncé le cœur. Ya du neuf, ya du vieux. Pour le très neuf, on commence par TURBOWOLF. J'ai abandonné l'exercice de la chronique détaillée de disques ya un moment, n'aimant pas vraiment disséquer ce qui doit juste se vivre. Faisons simple: ces mecs allaient se noyer dans la masse avec un nom pareil. Turbonegro, Wolfmother, j'aime bien ces deux-là, Turbowolf pouvait être leur petit frère né tardivement, le malingre, qu'on envoie au monastère des groupes attardés quand les grands frères sont élevés en chevaliers du rock n'roll, bien nés, au bon moment...
Que dalle. L'intégralité de leur premier album est un buvard de LSD sonique, un rejeton de Boris, New Bomb Turks, Marvin et Ted Nugent. Et il a les joyeuses bien descendues pour un nouveau-né.




Eux ne sont pas des chevaliers, plutôt des petits branleurs de mercenaires ripailleurs. Ce sont les vikings de KVELERTAK. Leur premier album me tenait réveillée dans le train de cinq heures du matin qui allait et repartait de Toulouse tous les week-end quand je bossais dans les Landes. Je les ai découvert au générique de fin de Troll Hunter, film d'horreur sympathique mais peu rigolo, et Kvelertak lui donnait enfin des couleurs dans ce générique final. Ils bossent avec Kurt Ballou de Converge, leur artwork est signé John Dyer Baizley, le gros ouf de Baroness qui fait moins des dessins que de véritables vitraux d'églises... et la caution arty s'arrête là. Kvelertak, c'est du steak tartare. C'est le coup de hache que tu rêves de coller entre les deux yeux de ton ex, ton patron, ton conseiller Pôle Emploi. C'est un album inégal, avec pourtant quelques titres comme Blodtørst ou Utrydd Dei Svake, qui donnent envie de tourner un reboot de Délivrance.

Regardez d'ailleurs ce que c'est pour eux, le rock n' roll, quand ils vont jouer à Singapour, état ultra-surveillé où la censure est appliquée, les manifestations interdites et où on coupe les cordes vocales aux chiens qui aboient la nuit.
Forcément, on va pas aller les couper à des loups.



J'ai beau ne pas être fan de M, il m'avait faite rire avec le complexe du corn-flakes, évoquant en un morceau funky ces micro-hontes qui taraudent tout rocker débutant né à Brive et pas à L.A. S'il faut vraiment, éternellement comparer le rock français à celui des ricains, ok, j'ose: on a nos Bouncing Souls.

Ils s'appellent The Decline!, leur premier album se nomme Broken Hymns for Beating Hearts, et c'est une suite jouissive de chansons de marins, un résumé de ce qu'est le punk: la seule musique au monde qui ne peut jamais rendre triste. Je vais les voir avec Justin(e) le 16 avril à Toulouse, un jour, je pense les revoir en première partie de Gaslight Anthem. Je leur souhaite. J'écouterai This City's mine en partant à Bayonne à la fin du mois, dans le train, sur la plage, saluer l'arrivée du printemps les pieds dans l'eau avec cette chanson frénétique, qui m'a déjà servie de pacemaker en janvier, sous la neige de Pau quand mon petit cœur venait de prendre très cher. Vous n'auriez pas pu choisir un meilleur titre d'album, les mecs.



En parlant de Rennes, il y en a une qui boit régulièrement des canettes avec The Decline!, qui apparait même, tout en jaune soleil, dans le clip de "A Punch in my head", ci-dessus, et qui, hasard des communautés de meufs sur le Net, est devenue depuis deux ans, une amie. Yuna et moi, on ne s'est jamais vues. On n'a jamais ni le temps ni le blé pour le faire. Et c'est très nul parce que je dois à Yuna des crises de rire monstrueuses, de longues discussions dans nos QG virtuels, des moments d'apaisement quand je flippe, et un apprentissage de la féminité qui manquait à mon CV. Yuna est une artiste. Elle joue de la basse et enfile les vannes comme les perles, mais elle a aussi des pinceaux.... à maquillage.

Hé oui, s'occuper de soi, ca passe aussi par ça. Catastrophée par les tirades puantes de gens qui trouvaient à redire sur les victimes de prothèses PIP, sur la manucure de Mallaury Nataf, je tiens à vous rappeller qu'une fille qui prend manifestement soin d'elle sera plus à même de, par exemple, trouver du boulot, qu'une fille moins coquette (loi implicite définie par des hommes) et qu'en plus, si on veut se chouchouter, personne n'a rien à y redire. Je suis la danse des pinceaux de Yuna sur sa chaîne youtube, et elle m'aide à comprendre ce que j'ai de joli, de spécial, qu'on peut illuminer. Moi et plein d'autres. Alors quand je lui ai demandé de m'aider à élaborer vraiment mon maquillage d'Opiumette, voilà ce qu'elle a fait, pour moi, mais pour plein d'autres aussi. Je t'en remercie encore profondément, Yuyu. Surtout que quand on est hypersensible, on ne sait jamais par quel bout se prendre pour s'occuper de soi, toi tu me files quelques clés de compréhension, pour être gentille avec moi-même et me distraire. Quand je me maquille, je fais le vide dans ma tête, les émotions se taisent. Je suis juste zen, et appliquée. Et ça, tu le sais, tu me connais... c'est pas du luxe.




Quatre heures du matin. Cendrier plein, de la musique plein la tête, encore trois jours d'un long week-end devant moi avant de ré-attaquer pour les matinales du week-end prochain sur France Bleu Toulouse. Quelques albums en stock à écouter, peut-être de futurs gros trips, des livres ouverts et cornés qui attendent que je leur redonne une chance, le soleil qui revient. Chaque jour de plus en plus fort, plus longuement. C'est bon d'y être si sensible. J'attends le printemps comme un deuxième Noël...
Rendez-vous sur Hellocoton !

jeudi 23 février 2012

Blonde Redhead

Alors que je zguenais sur Internet en attendant mes invités du jour pour les enregistrer, à la radio, je suis tombée sur divers articles parlant des choix musicaux de Sarkozy pour sa campagne.

J'étais déjà nauséeuse à l'annonce de sa candidature, un non-évènement, un haussement d'épaules. Quand on sent que la moitié des français vont encore faire un choix désastreux, il ne reste plus qu'à rigoler des petits détails. C'est pour ça qu'en apprenant que la chanson de campagne de Sarko serait "Chanson pour l'auvergnat", de Brassens, je suis d'abord restée muette devant tant de cynisme. Comme dirait Tina Arena, qui avait chanté place la Concorde avec d'autres ringards absents de la playlist de campagne du président candidat, il est possible d'aller plus haut. Dans le mépris, la taille des glaviots. Mais impossible, toujours en paraphrasant Madame Arena, d'oublier ses souvenirs, comme me l'a prouvé Google il y a un instant. Quand on tape Sarkozy + auvergnat, remonte à la surface, non pas ce qui fait swinguer le nabot, mais le fait d'armes fâcheux de son copain Brice Hortefeux, un dérapage verbal raciste comme il est coutume d'en commettre chaque jour à l'UMP. Ce sont leurs histoires du week-end à la machine à café.

Je suis fatiguée de ces beaufs. Je suis fatiguée des gens qui les soutiennent, fatiguée d'essayer de ne pas les mépriser cordialement. Pour un électeur UMP conscient de ce qu'il fait, huit autres votent pour la cravate Cerruti et le sourcil condescendant. Et un dernier ne peut pas continuer à voter FN car maintenant c'est une gonzesse qui mène la barque, et c'est ça qu'il ne peut pas accepter.

Je n'ai pas vu Marine le Pen chez Ruquier. Juste les trente secondes de son arrivée sur le plateau, et la polémique autour d'Izia qui lui aurait serré la main comme les autres avant de l'essuyer sur son pantalon. Non-évènement bis. Elle aurait pu commencer par ne pas la lui serrer, mais vous vouliez pas qu'elle se la lèche après, non plus? Le plus inquiétant n'était pas là, il était dans le public, qui a applaudi, chaleureusement, au début et à la fin. Quand Laurent Ruquier menait Rien à Cirer sur Inter, grand-messe de mes dimanches en famille quand j'étais petite, si les Le Pen avaient débarqué dans le Studio A, on aurait entendu les mouches voler, ou une huée générale.

 Ce sont toujours les pourris qui génèrent le plus d'intérêt.  Je souscris à cette règle via ce billet, de façon désabusée. Parlons maintenant de vilains qui bichent, toute cette mélancolie me brouille le teint.

    Iliythia. Nom à coucher dehors, de ma nouvelle vilaine préférée, celle de Spartacus. Il est un peu douloureux de suivre une série sur plusieurs saisons quand on connait la fin de l'intrigue depuis deux mille ans. Je ne pense pas que le scénariste de Spartacus s'accordera une fantaisie uchronique à la Inglorious Basterds et fera mourir Spartacus entouré de ses petits-enfants dans un champ d'oliviers. Le seul truc fantaisiste de la série étant d'ailleurs le nombre incalculable de levrettes qui y sont pratiquées, un point commun avec Game of Thrones, mais on va y revenir. Dans la saison 1, c'était Lucy Lawless, ex-Xena, alias Lucretia, qui tenait le rôle de la superbitch arriviste, femme du maître de Spartacus, moitié d'un couple de Thénardier, sauf que là, Cosette, elle a des pectoraux huilés et si tu l'appelles Cosette, elle t'arrache la trachée au glaive, tellement fort que les caméras prennent peur et se mettent à filmer plus lentement à chaque baston.
Bref, Lucretia, superbement entogée, passait une saison entière à lutter pour l’ascension sociale auprès son beauf de mari au sourcil condescendant, via les combats de leurs gladiateurs dans l'arène de Capoue. (Pour les plus jeunes: Pokémon n'est pas basé sur un concept de 1996).
Lucy Lawless était magnifique, une splendide salope, pas assez sensuelle pour être pardonnée de ses vilenies par les hommes, assez frustrée sexuellement pour attirer une confuse empathie chez les femmes. Dans la saison 2 de Spartacus, qui arrive depuis un mois sur vos plateformes de téléchargement pirates, elle se fait dégommer, purement et simplement, par Viva Bianca, alias Iliythia.

Iliythia, c'est la nana qui te torturait au collège, la fille qui n'avait pas d'acné, qui était bonne en sport et dont les parents partaient en Espagne quand elle voulait faire des boums. Les options possibles: la suivre comme un petit chien, être sa rivale, la fuir comme la peste. Une quatrième option restait secrète: tu ne la détestais pas elle, mais toi, de vouloir lui ressembler. Iliythia est la femme d'un gradé, sommé de retrouver Spartacus et sa bande quand ils commencent à mettre le souk aux alentours de Capoue. Et très vite on apprend qu'au lieu de boire du résiné en terrasse avec les copines, la peste a un plan de campagne elle aussi: évoluer socialement, en obtenant le divorce pour épouser un sénateur plus classieux que son mari. Un gars qui ne sent pas la sueur des courses à cheval dans les campagnes. Qui aura glandé dans un amphithéatre toute la journée et donc gardé assez de forces pour lui faire sa teuf le soir, à la maison. Et elle risque de pousser très loin dans le sordide pour obtenir ce qu'elle veut.
Iliythia est une beauté blonde et vipérine, incarnée par Viva Bianca, une jeune australienne dont le talent force l'admiration. Elle donne vie à un personnage atroce, dépourvu de tout sens moral, une malade mentale, une meurtrière, d'une prestance impériale. De nos jours, elle serait la première femme de dictateur à faire la couverture de Vogue, si elle ne se fait pas coiffer au poteau par Lena Headey.

Game Of Thrones, ou comment expliquer la mafia dans l'univers de l'heroic fantasy. Lena Headey avait suscité nombre de fantasmes en apparaissant, brune et fière, en reine spartiate dans 300, elle redevient reine dans cette série incroyable.
La reine Cersei Baratheon-Lannister, beauté blonde, ayant commandité l'assassinat de son mari Robert Baratheon, roi de Westeros, et ayant mis sur le trône un gamin illégitime, fruit de ses amours impies avec son propre frère jumeau Jaime Lannister. Tout commence au château des Stark, la famille noble qui est le pilier de l'histoire de Game Of Thrones. La famille royale s'y pointe pour demander à Eddard Stark, noble suzerain du Nord de Westeros, de venir à la cour assurer la fonction de Main du Roi, en gros c'est comme François Fillon mais avec une cotte de mailles. Le petit Bran, cadet des enfants Stark, s'ennuyant ferme, grimpe le long des parois d'une tour abandonnée, et y surprend une royale levrette entre Cersei et son bro. Mal lui en prend, les amants tentent lui aussi de le tuer. Bran survit à une chute de vingt mètres, sa mère comprend qu'il y a anguille sous roche vu qu'il est excellent grimpeur, et donc là bim bam boum guerre.

Je ne peux pas développer tous les enjeux de Game Of Thrones ici, j'ai pas assez de clopes en stock pour tenir le coup. Mais Cersei Lannister me fascine depuis treize épisodes et six romans. Sa beauté elfique, rappelant celle de Galadriel dans le Seigneur des Anneaux, couplée avec la moue d'une Silvana Mangano dans Riz Amer, et la morgue d'une femme de chirurgien cocufiée, en font une biatch nucléaire. Elle incarne la féminité sournoise décriée dans la bible et autres pierres angulaires du machisme, à faire du vice une norme tant elle le respire. A côté de Cersei Lannister, toute autre femme est un petit pot suintant et plaintif.


A noter, fait curieux, que dans l'inconscient collectif, la blonde représentait la féminité passive et malheureuse, la femme-objet désirée mais non aimée. Via les plumes des scénaristes actuels, elle devient le danger suprême. Via le vote des français aussi, si vous décidez vraiment de faire les cons en avril.


La rousse que je suis file dormir, vous bécote. Non pas sans une pensée pour les rousses qui ont influencé mon choix de couleur de cheveux, Dana Scully il ya déjà plus de quinze ans, puis Shirley Manson, Julianne Moore, Candace Kucsulain. Parce qu'à la base, je suis blonde. Mais j'essaie de vous le faire oublier à chaque billet.
Rendez-vous sur Hellocoton !

mardi 14 février 2012

Run, baby, run.

Je bosse demain, tôt. Être sur le pont à sept heures et demie me fait bicher comme une voleuse d'aurore qui savoure les premiers rayons de jour avant tout le monde. J'ai passé une super semaine de vacances, j'ai guinché, fait l'idiote, résolu de me tirer avant mes trente ans du nid d'hirondelle glacial qui me sert d'appart, bref, que du constructif. En plus Christophe Senegas m'a fait un cadeau de dingues: en vous baladant sur ce blog, ça et là, vous le trouverez, via ses dessins insolents. Tout ça fonce et bouillonne, trace et tourbillonne...


Mais bien sûr, que j'allais écrire un truc pour la St Valentin.

Dans la Rome antique, le jour de la Saint-Valentin a longtemps été célébré comme étant la fête des célibataires et non des couples. Ce jour là, les filles jouaient à cache-cache avec les gonzes de leur village et dès qu'elle se faisaient pécho, aller simple pour le mariage, dans l'année, avec les gars qui les avaient débusquées. La Saint Valentin faisait partie des Lupercales, fêtes du renouveau, de la purification, et du début de toutes choses, on y prenait de belles mufflées et les toges volaient vite. (source: à peu près Wikipédia).

Non je ne dirai pas que tout se perd et qu'en ce temps-là c'était moins compliqué. No love, no problem? Non je ne le dirai pas. Mais je m'interroge.

Quand j'étais sur ma radio punk, un matin de St Valentin, j'ai débarqué dans le studio à dix heures du matin, pour finir une belle nuit blanche de bacchanale avec un petit dèj en compagnie des gaziers de Tinkièt. Bien sûr, ayant le sens du timing, il a fallu que je pousse la porte du studio au moment où ça a commencé à parler cul à l'antenne. Il manquait une sexologue à cette spéciale 14 février. Ils m'ont ouvert un micro, ces gros salauds, mise devant le fait accompli et m'ont demandé mon nom, cher docteur. "Constance Chagasse". C'est sorti plus spontanément qu'un tweet de Morano.

Je me suis souvenue plus tard qu'en plus d'être le prénom le plus culcul du monde, c'était aussi celui de Lady Chatterley. Hormis quelques passages d'un antisémitisme avéré, c'est un bouquin sympathique, racontant l'éveil à la sensualité d'une jeune dame dont le mari est devenu impuissant genre trois pages après le mariage. Constance s'alanguit au son des feuilles de mûrier ployant sous la pluie, s'alanguit à la verte senteur du gazon anglais poussant pas trop loin des mines de charbon dégueulasses de son richard de mec, Constance passe deux cent pages à s'alanguir tellement fort que tout le monde se demande si elle suit le régime Dukan.

Mais Constance ne lit pas encore Cosmo donc elle ne comprend pas de suite que ce qu'il lui faut, c'est un amant. Y'a bien le garde-chasse, Mellors, qui passe sa vie à arpenter le sous bois en bretelles avec un chien roux, pendant que Constance s'alanguit. Un jour, il lui montre des poussins à qui il a construit une petite cabane, et puis il la chope. Qui n'a jamais tenu un poussin dans ses mains, ne peut pas comprendre à quel point le cœur de Constance se fendille à ce moment-là, elle qui en plus, était déjà sacrément alanguie.

Après ils s'envoient en l'air grave, en se disant des trucs hyper cochons, et puis à la fin, Constance va voir son mari et lui dit "Cette vie m'alanguit. Je divorce".

Donc oui dommage pour les passages antisémites, Lady Chatterley, c'est Cosmopolitan en quinze fois plus long et sans interview de Mélanie Laurent, donc c'est cool, donc c'est ça qui a légitimement guidé mon esprit pour trouver le nom de la sexologue complètement frappée qui allait dès ce jour de St Valentin 2009, officier sur les ondes.

Je faisais tout en impro. La vie, c'est de l'impro. L'amour, le sexe, c'est la vie. Donc, impro obligatoire. J'écrivais mes thématiques une poignée d'heures avant, prenait de beaux copiés collés de questions sur Doctissimo, un shot de jack dans, et on y allait. Au début, ça s’appelait Radio Muqueuse, et mon propre père, dans un haussement d'épaules moins fataliste que provocateur, m'a soufflé que "A la Queue comme tout le monde" serait plus rigolo comme nom.
Et c'est là que je me suis rendue compte d'un truc intéressant. Tu peux lire trois tonnes de bouquins, avoir vu trois films par semaine pendant dix ans, citer au moins trois muses et quatre auteurs japonais sans te planter, mais le truc qui fait le plus réagir au monde, qui va t'assurer des auditeurs, des fidélités (AHA!) et de l'interactivité: c'est le cul, et l'amour, vite fait.

Je me souviens de cette première fois, ouvrir l'antenne avec Ice Cube et "Why we thugs", à répondre au premier courrier qui disait, en gros: "J'y crois plus, à tout ça, alors je me suis inscrite sur un site de rencontres et maintenant, à cause de tous ces nazebroques en chien qui me poursuivent, je suis devenue asociale. J'y crois plus DU TOUT. Ça se passe comment maintenant?"

J'avais conseillé à la nana d'affirmer sa différence, sortir du lot, même un peu brutalement. Je lui avais dit que la séduction était du théâtre, un rôle à tenir en ne tombant le masque que millimètre après millimètre. Je lui avais dit que l'amour était peut-être mort, mais qu'en Louisiane, on pouvait toujours faire la fête à un enterrement, qu'il ne restait que ça à faire. Puis je lui avais dédicacé un morceau de Ted Nugent et l'avait laissée là, en embrayant sur trois cent autres cas pratiques au fil des mois, freins qui claquent, pilules qui font grossir, triolisme par surprise, et le studio se remplissait de plus en plus à chaque édition, tout le monde voulait venir raconter des conneries, boire des coups et se moquer copieusement de nous-mêmes et des autres.

On a ri, putain, pendant cette année de chagasseries, qu'est-ce qu'on a rigolé. J'étais derrière la console à foutre des claques aux potards pour envoyer du Gojira, du Slayer, du Miss Kittin, du Seth Gueko à donf dans les enceintes, on buvait des silos de bière, on se payait des barres de rire, je tombais de mon tabouret toutes les dix minutes, à voir mes potes devenir complètement salaces avec panache et vocabulaire. Le 8 janvier 2010, on a fait la dernière, je le savais pas encore.

Allez, juste pour le souvenir, on peut en écouter un Worst Of ici.

Pour en revenir à la nana de mon tout premier courrier, je suis un peu au jus de ce qui lui est arrivé, après mes bons conseils.

Elle a eu un peu de mal, quand même. Elle s'est bien ramassée plusieurs fois. Et ça c'est cool, parce que ça veut dire qu'elle a pas lâché l'affaire. Elle évite de s'alanguir connement dans les pâquerettes à attendre que ça passe, à devenir trop vieille et trop aigrie pour aimer à nouveau un jour. Elle voit la vie comme une lupercale géante, et elle court vite, la gredine. Et elle pense pas qu'un mec l'attrapera.

Elle croit plutôt qu'à force de foncer, c'est elle qui va lui rentrer dedans par mégarde. Et ça, c'est pas Constance Chagasse qui l'aurait compris à l'époque.

Fêtez l'amour, car lui ne vous fêtera pas.
Rendez-vous sur Hellocoton !

mercredi 25 janvier 2012

Liberté et fin du monde.

 Une chambre d'hôtel à Pau, janvier 2012. J'attends que Julien Dinse et ses comparses de Freak AC sortent enfin leur dernier bébé, 2013, l'histoire brillante d'un français moyen dans une France à ras des pâquerettes, qui n'a pas besoin des Mayas et autres conneries alarmistes pour être devenue une zone de non-droit, où les délinquants sont maintenant ceux ont été élus démocratiquements, et où tout ce qu'il reste en temps de crise, c'est à dire le sexe, se trouve lui-même soumis à des restrictions qui feraient passer Hadopi pour un coup de règle sur des doigts gourds d'écolier morveux. Finalement, Julien remet les choses à leurs places, à une époque où on reboote des super héros à l'infini, où une mauvaise série est plus intéressante qu'un seul nouveau film, de part son teasing permanent: le seul truc qui fait tourner le monde comme il se doit, et engendre de bons scénarii, c'est bien le désir.

En attendant donc qu'ils se décident à balancer 2013 en ligne, j'ai eu tout le temps d'une balade en solo, d'un bain moussant en solo et de, bon, ok,  trois semaines maintenant, en solo, pour réfléchir à ce qu'était devenue ma vie.
L'inconvénient à être précaire, c'est d'être, donc, précaire. A moins de savoir exactement le planning de ses six prochains mois, on ne peut tirer aucun plan sur la comète. Il est même fortement déconseillé de commencer à rêver tant que l'encre sur le contrat du mois suivant n'est pas sèche. Petit calcul simple: 2,5 jours de congés par mois de cdd, un cdd de 6 mois,  les CDD ne prennent pas de vacances car ils sont là pour pallier au manque d'effectif titulaire, donc les congés sont payés, donc à la fin du cdd, deux semaine de salaire en plus sur la fiche de paye, comptée en carence par Pôle emploi le mois d'après si tu as choisi de ne pas bosser pendant un mois pour te reposer = le fruit de ton labeur, le truc qui te fait passer la pilule de mois entiers à travailler sans t'arrêter, tu l'oublies, il te servira à compenser l'argent de poche que te refilera Pôle le mois d'après . Celui que tu rêvais de passer les pieds dans l'eau sur une lointaine île grecque, comme le font des tas de gens pris en photo en contre plongée dans Cosmo, stetson Zara vissé au crâne, les narines dilatées d'orgueil sous un titre en vert fluo "Année sabbatique, ceux qui ont dit oui". Comment ils ont fait?

En réfléchissant un peu plus avant, je me rends compte que ces reportages ont peu à peu disparu de la presse à la con que j'affectionne, mais c'est juste parce que j'ai des meubles à caler dans mon appart en pente, hein. Disparu, donc, au profit d'autres intitulés par exemple "Micro-entreprise, ceux qui ont dit oui". Pas que nous, génération Y, voulions être précaires, cimer, mais on se fait à tout, on s'adapte.  C'est une génération entière qui change de priorités, et on en vient au principal avantage de ma situation pro actuelle.

 L'avantage principal de la précarité, c'est d'être libre. Un boulot en CDD et précaire, c'est un peu comme un plan cul, on se retient de vouloir trop y investir pour ne pas y laisser des plumes, on y est juste naturelle et heureuse d'en profiter, et le reste du temps on va se marrer ailleurs. Et qué sera, sera. On a un boss cool? Mazel tov. On a un affreux jojo despotique à la place? On n'aura pas à le supporter trente-cinq ans.

Dans mon métier, il nous faut voir les choses de façon encore plus légère, nous les précaires, les têtards de la grande maison ronde. On va là où le vent veut bien souffler. Et il faut impérativement le prendre comme un jeu. A l'heure où je publie ça, je n'écris qu'à 200 bornes de chez moi et je suis presque à la moitié de mon contrat en cours. Le jour où ça sera trois fois plus loin, dix fois plus longtemps, là on va rigoler comme il faut.De ma chambre d'hôtel au studio de la radio, il y a à peine cinq minutes de marche en ligne droite. Tout le reste autour apparaît d'abord comme flou, plus grand et imposant qu'il n'est, les rues ont des noms bizarres, la pluie y est plus drue, les magasins y ferment plus tôt. Et au fur et à mesure, la vision s'ajuste. On donne une chance à cette parenthése de vie. Quand je suis partie à Mont de Marsan pendant sept mois l'an dernier, les premiers jours sont passés en un éclair, puis je me suis installée dans un appart. A partir de ce moment-là, le vrai challenge a commencé. Il n'y avait RIEN à faire là-bas. Si ce n'est boire un rosé avec les autres précaires le soir, à la terrasse de la pizzeria à côté du taf.

C'était un vrai nettoyage à sec. La liberté est terrifiante. On apprend à la dompter, à être authentiquement curieux de cette nouvelle ville où on doit passer six mois, se forcer à y rester le week-end pour se sevrer un peu du quotidien, du giron aussi tendre que collant de notre appart officiel plein de reliques post-adolescentes. Un besoin de vide, de propre arrive, comme décrit dans un livre adorable de Dominique Loreau que j'avais commencé à mettre en pratique avant de partir: l'Art de la simplicité.  

Pendant les quatre premiers mois, volontairement, je ne suis pas revenue à Toulouse. J'aurais pu, peut-être dû, mais pas voulu.  Et j'ai eu le plus long rencard de ma vie, avec moi-même. Tout était devenu l'exact opposé de ma vie d'avant: du fric, un taf exigeant, un appart confortable et vide de toute déco, la solitude. Pour une durée limitée, mais pas vraiment définie.

Quand on ne peut pas jurer de l'endroit où on sera dans trois mois, quand on ne peut pas s'installer dans la routine, quand on est payée à être une meuf chouette avec une jolie voix et un peu de piquant, et dieu sait que c'est du boulot, on apprend vitesse grand V à aimer la liberté et l'instant présent. J'aime les quais de gare des petits matins glaciaux. J'aime écorcher les adresses que je prononce pour la première fois au chauffeur de taxi. J'aime me sentir dépassée devant un conducteur d'antenne que je peine à déchiffrer. J'aime la trouille monstre qui m'aggrippe avant de rencontrer un de mes boss, et la terreur pure de la première fois au mic sur une fréquence que je n'ai pas encore touchée, quand tout ton corps te remonte juste en haut de la gorge et que tu te maudis, un quart de seconde, de ne vouloir faire aucun autre métier que celui-ci. J'aime par dessus-tout l'idée que cette vie ne fait que commencer. A Mont de Marsan, je pensais souvent à La Poursuite du bonheur, de Douglas Kennedy, l'histoire d'une femme qui traverse le siècle portée par une histoire d'amour compliquée, et sa rage de ne pas en être l'esclave,  apprendre à ne plus croire aux contes de fées,  l'histoire donc, aussi, d'une indépendance sans compromis.

Cette peur est une vraie drogue, elle va de pair avec le statut précaire chez Radio France. Un jour peut-être, je serai titulaire. Et d'autres changements viendront avec ce statut, plus de douceur, de calme, la nécessité d'atterrir.
Mais d'ici là on sera largement en 2013, et il n'y aura toujours en fait qu'un seul truc qui fera tourner le monde.
Rendez-vous sur Hellocoton !

lundi 2 janvier 2012

Dr Ducon.

"Le célèbre nutritionniste Pierre Dukan, connu pour son régime hyper-protéiné, qui estime que "le surpoids est un véritable problème de santé publique", a écrit au chef de l'Etat. Son ouvrage Lettre ouverte au président de la République sort jeudi et Pierre Dukan dévoile lundi dans le journal Le Parisien/Aujourd'hui en France ses propositions pour combattre l'obésité.

"L'idéal serait que les industriels français comprennent qu'il y a de l'argent à gagner en produisant des aliments moins gras", assure-t-il. Dans cet ouvrage, Pierre Dukan fait des propositions concernant l'Education nationale. Il prône "une option 'poids d'équilibre' au baccalauréat". Il s'agit, pour les lycéens, d'obtenir des points pour l'examen de fin d'année simplement en gardant "un indice de masse corporel compris entre 18 et 25 entre la seconde et la terminale". Pour le nutritionniste, "ce serait un bon moyen de sensibiliser les ados à l'équilibre alimentaire", explique-t-il dans le journal."


source: Europe1.fr

Cher Mr Dukan,

J'ai suivi il y a quelques années votre fameux régime protéiné. Après avoir été une adolescente pulpeuse, la vingtaine ne m'a pas épargnée, et vu que Mad Men n'existait pas encore, dans l'inconscient collectif, je n'étais pas un ersatz de pin-up sudiste, mais une GROSSE. Bouh, bouh, sale. Je n'en pouvais plus du regard des autres sur mes formes généreuses, je ne pouvais plus supporter de chercher la petite bague sur les cintres dans les boutiques, qui indiquerait 42-44 sur une jolie fringue, et de voir celles-ci s'arrêter au 40, un chiffre inscrit en lettres de feu dans mon esprit de GROSSE.

Un beau jour donc j'ai commencé à ne manger que des protéines. Le premier jour ç'a m'a fait rigoler, de déclarer la guerre à mon corps. "Les gars, ya un blème au secteur estomac: Bouboule ne nous envoie que des protéines ce matin!" "Les gars, le pôle cellulite est en feu, c'est pire que Wall Street en 29 là-dedans!". J'ai carburé au surimi de la colère, pendant dix jours, avant de revoir ne serait qu'un haricot vert dans mon assiette. J'ai fêté mon anniv en plantant 24 bougies sur un steak tartare. Je n'ai pas bu une goutte d'alcool, pas mangé un seul chocolat, et tous les dix jours, je disais au revoir aux légumes et repartait sur un régime carnassier. Quand j'avais le temps et le fric pour faire la fameuse crêpe Dukan, c'était la grosse teuf, l'illusion d'une douceur, d'une trêve, et je refusais, en me regardant dans la glace, de voir que je devenais aussi grise que ladite crêpe.

Au bout d'un mois, mes potes ne me reconnaissaient pas de loin. J'entendais mes parents se demander si je ne me droguais pas. Je passais ma main le long de mes hanches, sur mon ventre, effrayée par ce nouveau corps qui me paraissait mutilé, artificiel. Je voulais voir apparaître des plaines, des infinis lisses et fermes, je voyais les os de mes hanches et une peau creusée. Mais au moins, le regard des autres changeait aussi : on ne me regardait plus du tout. J'avais perdu douze kilos. Et je me détestais encore plus que quand j'étais grosse.

Dans le régime Dukan, on a droit, lors de la phase de consolidation, à un dîner de gala par semaine, où on mange ce qu'on veut. Je ne savais même plus ce qui me faisait plaisir. Et je me suis ruée sur tout ce qui m'avait faite grossir avant, que je n'aimais pas forcément mais qui était interdit donc cool: de la graisse, du fast food, des trucs exécrables. Si on est ce qu'on mange, cette phase-là a été une énorme crise identitaire.

J'ai repris sept kilos. Avec des cernes en prime et une immense lassitude, un sentiment de défaite sur moi-même, sur la vie. Jouer les Tank Girl carnivores: fini. Savourer à sa juste valeur un éclair au chocolat: fini. La bouffe, saine ou grasse, régissait toute ma vie.

On en était à l'ère des autoportraits Myspace, que je parcourais de longues heures. Le monde était bourré de gens trop gros qui maîtrisaient la contre-plongée. De gens trop maigres qui posaient à poil. Cicatrices, tatouages, scarifications, cernes, graisse, os, tout le monde commençait à se montrer, en deux clics de souris. Ces corps n'étaient pas photoshopés, ils étaient plein de défauts.

Alors il m'est apparu que si je voulais vraiment en chier grave et me poser des défis insurmontables, il y avait bien un truc que je n'avais pas encore tenté: m'aimer comme j'étais.

Un corps humain, c'est aussi des cheveux qui appellent la caresse, des bouches qui font chavirer quand elles sont gourmandes, une peau douce ou rugueuse qu'on parcourt avec les doigts comme pour lire un texte en braille, des odeurs chaudes, quasi magiques, qui rendent plus heureux, quand on va les chercher dans une nuque, que d'être arrivé à rentrer dans un 38. Tout ça, je l'aimais chez les autres, je pouvais l'avoir aussi, grosse ou pas.

Docteur Dukan, votre régime n'est pas le premier que j'aie essayé. Il a été aussi inefficace que les autres, mais en prime, il m'a rendue très malheureuse. Vous êtes un chantre de la minceur, et aussi un ennemi du bien-être depuis aujourd'hui, avec votre sale petit projet rappelant de façon moins crade les exactions du docteur Kellog, qui s'intéressait aussi de très près au développement des adolescents, à grand coups de céréales, mais aussi de phénol sur les parties pour les discipliner.


Je suis devenue une grosse rebelle qui se kiffe. Ma salle de bains croule sous les produits de beauté, j'hésite entre arrêter d'acheter des fringues et déménager. Je me suis forcée à montrer mes jambes, à balancer mes pulls trop larges. Je ne me goinfre plus, j'abuse, certainement, mais je sais que j'aime les macarons à la vanille, le foie gras au pain d'épices, des trucs de grosse, ouais, qui me mettent le rose aux joues et sont une mini-fête à chaque bouchée. Je refuse de haïr les maigres comme la presse féminine et la pression sociale pourraient m'inciter à le faire. Je me fais siffler dans la rue, bombarder de textos, je suis montée sur scène en corset et stilettos, et des copines pourtant bien foutues m'ont dit que ça leur faisait du bien de voir une meuf normale s'éclater sur scène, pas une GROSSE, non, une meuf normale.

Ce mot que je détestais et qui pourtant me va très bien, malgré ce que vous en pensez, cher Mr Dukan...
Rendez-vous sur Hellocoton !

mercredi 21 décembre 2011

Space truckin

 Dans les Goonies, la binoclarde à grande gueule apostrophe sa copine pom pom girl lors d'un instant de crise avec cette phrase qui m'a durablement marquée: "Toi t'as la tête dans les étoiles, mais nous on a les deux pieds dans la merde." Ayant quelques soucis également bien terrestres dus à des formulaires arrivant trop tôt ou trop tard, j'ai choisi de me mettre au moins la tête dans les étoiles, le temps de quelques bobines et morceaux, pour relativiser. Mais ça commence pas top.

Inspiré de l'une des attractions du parc Disneyworld en Floride, Mission To Mars prouve que son réal peut justement être un bon gros mickey. Avant même d'avoir posé un pied sur Mars, sachez que pour Brian de Palma, quand on a une avarie dans l'espace, genre un trou dans la coque, on le repère en renversant du soda et en matant par où il est aspiré. Ca fait un placement de marque, en plus. On envoie aussi des astronautes en couple dans une équipe en arguant que c'est un facteur stabilisant pour l'équipe, alors que même le spectateur éprouve des pulsions d'agacement pouvant virer au sanguinaire à voir Tim Robbins et Connie Nielsen se galocher en apesanteur sur du Van Halen.  Ensuite, toujours selon Brian de Palma, sur Mars, on peut faire pousser de l'ail de Garonne sous une serre protégée par de simples bâches en plastiques. Ecoute mec, mon plant de fraises sur mon balcon toulousain a tenu un mois, alors t'arrêtes tes mythos. Le gars n'a même pas eu le bon sens paysan de taper "faire pousser des plantes sur Mars" dans Google, et il va vous faire croire qu'avec quatre bâches plantées sur une planète sans vie, youpi on a une serre et même qu'on peut s'y balader sans scaphandre. Je ne confierai jamais mes gosses à Brian de Palma.
Au-delà de ces détails fâcheux, soit-disant validés par des mecs de la NASA, le film est une catastrophe intégrale. Partir sur Mars, c'est une odyssée de deux ans, dont on ne voit que quelques instants, parce que ça emmerdait De Palma, de pas pouvoir passer direct aux scènes de catastrophes et de bons sentiments à dialogues faméliques. Syndrome Roland Emmerich. 100 millions de dollars de budget. Cimer, au suivant.



Heureusement que Sandy Collora passe par là pour réaliser une curiosité underground hyper distrayante. Hunter Prey, 450 000 dollars. Un film de chasse sobre, de par ses petits moyens, mais qui chauffe la rétine, une course-poursuite entre des soldats et leur prisonnier sur une planète désertique. On sent planer l'ombre des premières scènes de Dune, quand Paul Atréides et sa mère sont poursuivis dans le désert par les tueurs Harkonnen, un hommage direct à Predator également, et on obtient un thriller convenu mais efficace et honnête. Et fait avec des bouts de ficelle, des chutes de métal glanées à la casse. J'aime ces petits détails, la peinture qui s'écaille, les idées de môme de huit ans.  Les armes des soldats sont inspirés de jouets très aimés des geeks, les pistolets Nerf, avec lesquels on devait passer le réveillon à se foutre sur la gueule avec mes copains mais je travaille et j'en suis hyper frustrée, parce que j'aurais aimé me prendre pour l'un des soldats de Hunter Prey, et sans aucun mal, tellement Collora m'a faite plonger la tête la première dans son film. Il est presque aussi crade qu'un Alien low budget, et courageux, dans sa simplicité, sa mise en scène dépouillée.

Le titre originel de Hunter Prey est "Prometheus". C'est aussi le nom d'un film que j'attend avec un espoir démesuré: il est signé Ridley Scott, 72 ans, qui se remet à la SF. Ay papi. Prometheus devrait être lié à la mythologie Alien, qui n'a jamais été abordée en plus de trente ans d'existence au cinéma. Les Aliens sont jusque là restés un mystère. Ils se contentaient de s'introduire dans tout être humain ou vaisseau les approchant de trop près, symbolisant une punition monstrueuse pour quiconque voudrait jouer les pionniers victorieux un peu trop loin dans la grande prairie de l'espace. Là on va peut-être savoir qui ils sont, comment ils vivent, au lieu de suivre le schéma habituel à base d’œufs zarbis et de navette spatiale qui se salit bien vite. Une petite précision: Prometheus va se situer bien avant la naissance d'Ellen Ripley, madone de la quadrilogie Alien. Faut en faire son deuil et accepter qu'il y ait eu quelque chose avant Ripley. Donc potentiellement, que personne ne botte le cul des Aliens dans Prometheus. Que faut-il espérer de Noomi Rapace et Charlize Theron, les deux héroïnes? En fait, juste qu'elles ne fassent pas trop de bruit et qu'elles courent vite. Comme ça, nous, on pourra voir ce qui se passe autour d'elles, observer les Aliens avec recueillement, dans l'univers entier créé pour eux par H.R Giger qui a accepté de bosser main dans la main avec Ridley Scott pour le projet.



Autre univers qui m'intrigue, celui d'un copain musicien multicasquettes, puisqu'il est batteur mais aussi MC et beatmaker: c'est Raphaël Herbière, aka MC Monsieur. Au début des années 2000, quand Brian de Palma partait tout seul faire son crétin sur une Mars en carton, la musique du futur naissait dans des esprits désabusés, ceux des labels Def Jux, Big Dada, Ninja Tune, Ipecac, Anticon. On pouvait appeler ça de l'abstract hip-hop, si on tenait vraiment aux étiquettes. MC Monsieur est passé sous les coups de pics à glace de Clouddead, a dû vivre quelques insomnies à écouter Cannibal Ox. C'est la sensation que j'ai eue en écoutant son E.P, "Le Loup et la Panthère".  Dans son hip-hop à lui, ayant le même substrat acide, se greffent ses rêveries nomades, une certaine science du calme également, grâce à des productions soignées où l'on entend ça et là les fantômes de New Flesh (for Old),  DJ Krush.  La musique de MC Monsieur m'évoque le monde de Kaïro, excellent film japonais où la civilisation se meurt de ne plus savoir communiquer simplement. Ce mec, lui, il y arrive. Itadakimasuuuuuu.
Rendez-vous sur Hellocoton !